19 mai 2012 - ChereeZ

Street Dance 2 3D : On y était presque.

article cinema

19h35, hôpital de Chicago.

Dr Benton : Vite, vite, un brancard. Nous avons un cas de force majeur. Cette jeune fille perd tout son sang !

Dr Hathaway : Je libère une chambre. Dr Green est en route. Quel est le pronostic ?

Dr Benton : Globes oculaires détruits, traumatismes crâniens, diverses ouvertures dû, sans doutes, à des châtiments corporelles.

Dr Hathaway : Quel en est le motif docteur ?

Dr Benton : Elle est allée voir…..STREET DANCE 2 3D !

Certes, l’introduction est assez sanglante et je vous entends d’ici m’accuser d’abus verbal mais, mes chers amis, pardonnez mes réactions à chaud : ce sont les seuls moments où l’inspiration me vient.

Street Dance 2, la nouvelle grosse production cinématographique dédiée à la danse urbaine, est annoncée fin d’année 2011. Aux premiers abords, ce n’est qu’un film de « hip hop-flex’n swag » de plus et la suite d’un premier jet pas très fameux, mais, cette fois-ci, une information change la donne. Le casting exceptionnel.

Lilou, Dedson, DeyDey, Kite, Skorpion, Fabrice, Sofia Boutella , Just Do It, Yaman, ou encore Stephanie. Hourra ! (Lumière divine) Nos espérances ont enfin été entendues. Un film de danse hip hop ayant pour acteurs des danseurs de qualité, connus et reconnus dans notre monde si fermé. L’intrigue n’avais plus d’importance, de toute façon c’est toujours la même : Un mec a un rêve / Forme un groupe pour le réaliser / Tombe amoureux de la belle danseuse pas hip hop / Un événement vient gâcher l’affaire / Déprime collective / Un autre événement malheureux réunit le groupe et gagne la finale grâce à la force de leur amour. #Boring

Qu’importe ! Pour ce film, on voulait voir NOS danseurs nous en mettre pleins la vue. Cependant, je suis dans le regret de vous annoncer que, pour moi, le film dans sa généralité, est un total FAIL. Explications (dans l’ordre décroissants de mes chocs):

  • Le choix des musiques : Je pense que si je voulais tirer des informations confidentielles d’une personne sous la torture, je lui ferai écouter la bande son du film. Inaudible. Tout le temps. Une pénible agression auditive sur toute la partie « Street Dance ». Bizarre, n’est ce pas ? Le style ? Tondeuse à gazon/dupstep/cri de porc/breakbeat/crunk!

  • Les cadrages : Quand tu fais un film sur la danse, engage des cadreurs qui savent filmer la danse. That’s all ! Basculez d’un plan d’ensemble à la tête du tonton juste au moment où Lilou va au sol….Moyen. Un plan à l’américaine pendant une session house , mauvais idée. Un moment donné, j’ai payé pour de la danse et pas pour voir des pas de prépa.

  • Les danseurs hip hop sous exploités : Doublage dégradant (cf. les voix « wech wech » de Lilou , Deydey et Skorpion) et capacités individuelles pas trop mise en avant, à se demander la raison d’un casting pareil si c’est pour montrer 5% de ce qu’ils peuvent faire. Kite ne fait que trois 8-temps, Dedson encore moins…j’étais triste, mais triste. Demandez à Sno, mon compagnon de galère.

  • Chorégraphies pas terrible : Les combis hip hop du film ne sont vraiment pas folle comparées à celles des danseurs salsa. Ces derniers m’ont donnés des frissons muy caliente avec leur énergie débordante.
  • La 3D inutile. A part si le fait d’être recouvert de pop corn et de plumes d’oreiller vous fait kiffer.

La liste est douloureusement plus longue mais, malgré tout, je salue respectablement le premier pas fait pour la danse hip hop européenne dans ce monde impitoyable d’Hollywood. Bravo à tout les danseurs de nous avoir représentés (sisi IZI). Espérons seulement que Sofia Boutella ne soit pas la seule à tirer son épingle du jeu de ce film. Street Dance 2 3D n’est pas parfait mais avec plus de travail sur le contenu et non que sur le contenant, un jour, la danse hip hop aura son film. Comme pour le Krump avec RIZE qui a mis sous lumière cette danse et inspiré toute une génération.

Toute ma courte analyse laisse d’ailleurs derrière elle quelques questions :

Est ce que le terme « grand public » doit rester l’excuse par excellence lorsque notre art est traité de la sorte ?

Existe-t-il encore des grosses productions qui pense que pour « viser fort », il faut « viser juste » ?

Ne serai t-il pas plus judicieux d’intégrer un danseur en tant que consultant dans des équipes de production ?

Heure du décès : 4h15