08 mai 2012 - Jenny

Focus East Block Party

focus interview

Du 9 au 13 Mai 2012, le hip hop s’invite dans la ville de Metz à l’occasion de la troisième édition de l’évènement East Block Party, une semaine entière dédiée au hip hop : exposition, concerts, conférence, spectacles de danse, projection de documentaires, rencontres et qualifications Est du Battle of the Year 2012. Un bel évènement en perspective, organisé par le collectif Boom Bap, et qui a déjà rassemblé un large public les années précédentes. David Soner, Président du collectif Boom Bap, amoureux de la culture hip hop et graffeur reconnu dans la région de Metz et ses alentours, nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions.

ILTD. – Vous ouvrez la semaine prochaine la 3ème édition de l’évènement East Block Party, peux-tu nous rappeler comment a débuté l’aventure ?

David Soner. - « L’aventure a débuté lorsque ma collègue Myriama Idir est arrivée sur Metz. Passionnée de culture hip hop tout comme moi, elle est venue faire ses études sur Metz et avait le projet de faire quelque chose dans cette ville car elle voyait que pas grand-chose ne se faisait. De fil en aiguille, elle a commencé à connaître des gens puis a rencontré une personne clef à L’Arsenal, à savoir Michèle Paradon la Directrice Artistique. Le courant est bien passé entre elles et elle lui a donc parlé de son projet de festival sur la culture hip hop à Metz, chose qui n’avait jamais été faite, et Michèle Paradon était partante. Tout est donc parti de ces deux personnes. Myriama et moi avions une amie commune qui a pensé à nous mettre en relation car on a beaucoup de points en commun, on est de la même génération, on a le même amour pour la cuture hip hop au sens large, on est tous les deux des activistes de longue date, on fait du graffiti, de la danse, moi j’ai fait du rap, j’ai fait à peu près toutes les disciplines sauf le djing. On est tous les deux très portés Zulu Nation, moi je suis Zulu King et elle elle est Zulu Queen, le feeling est super bien passé et quand elle m’a parlé de ce projet j’ai tout de suite été emballé, je n’ai vraiment eu aucune hésitation. Je lui ai présenté les acteurs de la région que je connaissais même si elle en avait déjà rencontré beaucoup avant. C’est né comme ça : notre rencontre, la rencontre de Myriama et de Michèle puis des autres membres du collectif Boom Bap qui se sont greffés là-dessus. La première édition a eu lieu en Avril 2009, en 2010 c’était en Novembre, en 2011 on ne l’a pas fait, on a attendu pour pouvoir avoir le temps de préparer un évènement plus important, avec plus de budget et un plateau de plus belle qualité… Là on revient avec la 3ème édition qui aura lieu du 9 au 13 Mai. »

Quelques mots sur le collectif Boom Bap ?

« Il y a un peu de tout, pas forcément que des activistes Hip Hop, il y a simplement des gens qui aiment ça, qui font partie du public, des anciens comme Jazz E Cut, Jacques, Jon qui est très présent sur le web, Sadat un breaker, Raphaël un graffeur, il y a Myriama, moi, toutes les disciplines en fait, et on se voit plus comme un collectif pas comme une association. Même si on a le statut d’association, c’est quand même un collectif d’individus qui se retrouvent autour de ce projet, et puis on s’entend tous bien comme une bande de potes, il y a ce côté un peu familial.»

La danse fait partie intégrante de la semaine East Block Party : spectacles, qualifications Est du Battle of the Year 2012, stages…quel est ton sentiment par rapport à la place de la danse dans le mouvement hip hop ?

« Pour moi déjà la danse véhicule le bon esprit originel de la culture hip hop. Je suis tombé dans la culture hip hop par la danse, en France c’est ce qu’on a vraiment pris en premier, au début des années 80. Quand j’entends le mot hip hop, c’est tout de suite la danse qui me vient en premier, c’est vraiment la discipline phare qui représente la culture hip hop, plus que le rap, plus que le graff, plus que le djing. même si ces dernières disciplines sont aussi très importantes. En plus avec les années je trouve que ça s’est développé, beaucoup de jeunes aujourd’hui s’y intéressent grâce au travail qui a été fait derrière, il y a des cours plus ou moins partout, c’est plus médiatisé qu’avant aussi, on voit beaucoup de danseurs issus de la culture hip hop dans les émissions, la danse a vraiment le vent en poupe aujourd’hui. »

Le thème de la conférence « Rap Time » cette année est « L’âge d’or du rap français : de 1994 à 2000 ? » , pourquoi avoir choisi d’aborder ce sujet ?

« Parce qu’on a ramené un plateau de rappeurs qui ont explosé dans les années 90, des rappeurs qui sont devenus avec les années des « légendes » et ont construit les grosses bases du rap français et qui ont eu leurs heures de gloire dans les années 90, à l’époque où il n’y avait pas internet, où c’était vraiment le talent qui primait, le fait de faire des freestyles, de se déplacer, puis  à la radio il y avait des open mic… maintenant avec internet ce n’est plus pareil. Et c’est pour ça que les années 90 ont vu l’explosion du rap en France et aussi médiatiquement parlant. Quand les quotas sur les morceaux francophones ont été imposés aux radios, Skyrock a sauté sur l’occasion et a fait le choix d’intégrer le rap à sa programmation, vu que dans la musique française des années 90 il n’y avait pas grand-chose de neuf…Le rap est arrivé et ça parlait à beaucoup de jeunes, à un nouveau public, donc Skyrock a saisi cette opportunité et ça a très bien marché. La France est le deuxième pays au monde qui a porté le rap après les Etats-Unis, et tout ça s’est forgé dans les années 90. C’est une période sacrée on va dire, beaucoup de choses ont été faites à ce moment-là. On n’a pas pris ce thème par nostalgie mais plus pour le côté historique, un devoir de mémoire en fait. »

Vous disposez déjà d’un très bel espace avec L’Arsenal de Metz, si on vous donnait encore plus de moyens, comment feriez-vous évoluer l’évènement East Block Party ?

« On a un gros manque de moyens en communication en fait, on n’a pas la municipalité de Metz qui nous suit sur ça. Quand on voit des festivals comme L’Original ou Hip OPsession, on voit qu’ils ont un gros budget derrière, quand tu vas en ville tu vois des drapeaux, des affiches…On n’a malheureusement pas tout ça, c’est vraiment le système D sur la communication, je dirai que c’est la grosse carence qu’on a…Après on a un beau plateau d’artistes, une belle sélection, une belle salle, on a tout ce qu’il faut mais le problème réside dans les moyens dont on dispose pour la communication. »

Une semaine entière dédiée au Hip hop, comment ressens-tu l’accueil vis-à-vis de ce genre d’évènement dans la région ?

« Pour les deux premières éditions on a eu un super accueil, un public varié, ce qui fait vraiment plaisir parce qu’on ne vise pas que les bboys et les hip hop heads, on veut vraiment ouvrir la culture hip hop au plus grand nombre et lui donner ses lettres de noblesse, montrer aux gens qu’il y a du travail derrière, que c’est un art comme d’autres arts reconnus. C’est dans ce sens-là qu’on veut aller, on ne veut pas faire de différences, on en a marre que le hip hop soit cantonné aux centres sociaux, aux MJC, aux banlieues etc. Là on a mis le hip hop au centre-ville de Metz dans la plus belle salle que la ville peut offrir, rien que ça c’est déjà beaucoup, la salle d’expo est magnifique, la scène pour les spectacles et le Battle of the Year est sublime…c’est une manière de mettre le hip hop en avant et ça les gens le ressentent. Y en a marre des évènements hip hop qui sont dans des gymnases en banlieue, dans des centres sociaux, il faut sortir de ça, car tant qu’on restera là-dedans on ne sera pas pris au sérieux. Et puis le public est présent, malgré les carences qu’on a en communication, les gens qui travaillent à L’Arsenal ont d’ailleurs été les plus surpris, on a ramené beaucoup de monde et surtout un autre public qu’ils n’ont pas l’habitude de voir, beaucoup plus jeune, beaucoup plus varié…Tout le monde était content au final. »

Une petite anecdote East Block Party à nous raconter ?

« Je ne sais pas trop… Le Samedi soir de la première édition, Dee Nasty était aux platines et il y avait vraiment une bonne ambiance, le public était très réceptif, un cercle s’est formé à ce moment-là…et c’était pas un cercle de danseurs, tout le monde y allait et… Ah si ça c’est une bonne anecdote ! On a tous été surpris d’ailleurs ! En fait un homme est arrivé avec son fils, mais le gars c’était vraiment Monsieur Tout le Monde, il avait des lunettes, une parka, pas du tout habillé hip hop, il avait son petit avec lui , il est entré dans le cercle et a commencé à faire une vague…Tu voyais qu’il avait connu ça dans les années 80 ! Après il a dansé avec son fils, il y avait une super ambiance…Puis pareil, la directrice artistique de L’Arsenal Michèle Paradon est entrée dans le cercle aussi, tout le monde dansait c’était génial ! Dee Nasty a kiffé, tout le monde a kiffé ce soir-là ! »

Enfin, si tu devais définir l’évènement East Block Party en 3 mots ?

« Je dirai familial, parce qu’il y a beaucoup de familles dans le public, contrairement à d’autres évènements isolés qui vont ramener uniquement un certain public de passionnés. Le côté « à la cool », paisible, respectueux, sans altercation et enfin la qualité : qualité de la programmation, il faut savoir que pour l’exposition de cette année on a réuni les trois photographes historiques du hip hop ensemble ce qui n’avait jamais été fait auparavant : Henry Chalfant, Martha Cooper et Jamel Shabazz . Henry Chalfant et Martha Cooper sont les premiers photographes à avoir sorti les livres sur le graffiti, les films sur le graffiti, au tout début des années 80. Jamel Shabazz c’est un photographe de New York qui a réussi à vraiment capturer l’essence de la ville dans les années 70-80, l’arrivée du hip hop, l’arrivée du style, chez les portoricains, chez les noirs…avec les kangols, les ghetto blasters, les graffitis, les poses, les gangs…C’est toute cette ambiance des années 80 à New York qu’on ramène à L’Arsenal cette année. »

Préparez donc vos bérets, vos oreilles, vos yeux et surtout votre coeur qui battra au rythme du hip hop durant cette semaine haute en couleurs. Niveau danse, vous aurez de quoi faire :

Vendredi 11 Mai : 20h 
Arsenal – Salle de l’Esplanade
 PLATEAU DANSE / SOLO I 
Entre deux / Compagnie Stylistik

Samedi 12 Mai : 10h-13h & 14h-17h
 Arsenal – Salle de l’Orangerie 
Stage de danse

Samedi 12 Mai : 18h 
Arsenal – Salle de l’Esplanade 
PLATEAU DANSE / SOLO II
 J’ai tout compris mais faut qu’on m’explique / John Degois

Samedi 12 Mai : 20h 
Arsenal – Grande Salle
 Racines / Wanted Posse + Première partie 
Reflet – Work in Progress / Yann Abidi

Dimanche 13 Mai : 15h
 Arsenal – Grande Salle Battle Of The Year 2012 Qualifications Est

La totalité du programme est disponible ici et pour un petit aperçu, vous pouvez jeter un coup d’oeil au teaser de l’évènement.

Si vous passez par le Nord-Est la semaine prochaine, vous savez où aller ;)