13 mai 2011 - Safia

La numérisation des arts de rue est-elle un risque ?

art'nparis streetculture

Derrière ce titre pompeux, je vous propose de découvrir le magnifique travail de Picturae 2.0.
Concrètement, il s’agit d’un outil numérique, permettant de revisiter le graffiti (la peinture, le dessin ou toute forme d’art graphique d’ailleurs) à travers un écran.
Un écran vidéo remplace le mur et la bombe de peinture devient virtuelle.
Une vidéo vaut mieux que de grandes explications :

Picturae 2.0 from Picturae 2.0 on Vimeo.

Cet outil est sans aucun doute voué à un avenir prometteur, mais j’aimerai pousser la réflexion à un autre niveau : assiste-t-on à une dénaturalisation des arts de rue ?
Les arts urbains peuvent-ils garder cette appellation avec ce genre de pratique, étant donné qu’il ne le sont plus (urbains, vous suivez ?) mais qu’ils conservent tout de même les codes graphiques de cette culture  ?
Je pense par exemple à cette application dont on vous avait parlé il y a quelques mois qui proposait de créer des tags et graffitis en réalité augmentée. En gros, vous faîtes un graff “virtuel” avec votre téléphone et vous décidez de l’endroit où vous l’exposerez virtuellement via une géolocalisation, et ce graffiti sera visible uniquement à travers l’application de votre smartphone. L’art semble rester le même, mais cela change le contexte : pas accessible à tous car réservé aux personnes ayant un téléphone spécifique (et qui ont de surcroît une appli spécifique pour le voir !), cela perd aussi son côté revendicatif  (si revendication il y a dans le graffiti aujourd’hui), et surtout cela perd en sérendipité : cet art est fait pour être découvert de manière inattendu, là où on ne l’imaginait pas.  Bref, j’ai l’impression que l’on assiste à la dénaturalisation des arts urbains par les nouvelles technologies.

D’où cette question finale : si demain vous voyez un graffiti fait à partir d’un écran digital, ca reste de la street culture (et du graff) pour vous ou c’est autre chose ?

(Mon avis personnel : Je pousse volontairement ce débat pour susciter des réactions,  je suis pour l’évolution des arts et l’enrichissement de toute forme de culture par des éléments empiriques, et je pense au contraire que la technologie devient un élément de la rue sur plusieurs aspects.)