30 nov. 2010 - Mouss

Interview : L’Equipe de Break ! sur ILTD

12 bis 12bis andry

Le Hip Hop s’anime dans les cases de Break !, un projet BD dont ILTD vous avait déjà parlé. Le premier tome est enfin disponible dans toutes les bonnes librairies et cette plongée originale dans le monde de la culture Hip Hop méritait bien un éclairage sur ILTD. Je suis parti à la rencontre de Josselin, Eric, Andry et Madd, l’équipe de Break ! au grand complet.

Pouvez-vous nous faire rapidement la genèse du projet ?

Josselin : C’est parti d’une idée simple. On discutait avec Eric et on s’est juste dit “Tiens, ce serait marrant une série avec des mecs qui font de la danse Hip Hop, et qui feraient des battles avec des pouvoirs magiques“. C’est ensuite devenu un vrai projet de série animée qui n’a malheureusement jamais vu le jour. On avait d’ailleurs travaillé avec Gabin Nuissier (d’Aktuel Force, ndr) qui nous a aidés sur le projet qui en est malheureusement resté au stade de trailer. On est donc partis sur la BD parce qu’on voulait vraiment raconter une histoire avec ce concept. Et c’est comme ça qu’on en est venu à former cette équipe. On a remis tous les compteurs à zéro, on refait l’histoire, changé les personnages, créé un nouveau contexte.

Pourquoi avoir choisi la danse pour faire la promotion de la culture Hip Hop ?

Josselin : Parce que visuellement, et même dans les mots, les battles de danse se prêtent plus facilement au jeu. Il suffit de peu pour imaginer que tel mouvement de danse se réfère à une technique de combat, ou à une école précise. On est parti de cette idée pour ensuite l’élargir à d’autres facettes de la culture Hip Hop. L’idée de cette BD d’aventures, c’est de parler à Monsieur Tout-le-monde de ce qu’est la culture Hip Hop, et de la sortir des clichés qu’on voit partout. On veut piquer l’attention des gens sur ça en plus de leur raconter en même temps un vrai récit d’aventure.

Mais pourquoi avoir ajouté cette dose de fantastique pour promouvoir cette culture ?

Eric : Quelque part, c’est un peu pour émerveiller le lecteur un peu plus jeune, puisqu’on essaie de s’ouvrir au plus grand nombre. Mais on voulait surtout toucher le public le plus large, pour que ceux qui ne s’intéressent pas au Hip Hop, se disent « Tiens il y a de la magie, ça a l’air sympa ». Et ainsi les intéresser à une culture qu’ils ne connaissent pas. Si notre héroïne est une fille et qu’elle ne connaît pas trop le Hip Hop, ce n’est pas pour rien. Souvent les filles dans les cités ont un caractère bien trempé, parce qu’elles ont une vie qui parfois peut être un peu plus dure que dans d’autres quartiers. On voulait un personnage attachant, qui montre aussi que dans le Hip Hop, il y a des filles qui dansent. Et puis à travers ses yeux, montrer cette culture qu’elle va appréhender au fur et à mesure des albums. Elle arrive dans un monde qu’elle ne connaît pas, et comme le lecteur, elle va apprendre à connaître le monde dans lequel elle évolue, abattre les clichés qu’elle-même peut avoir pour découvrir les fondements de la culture Hip Hop : le respect, l’aide de l’autre, etc.

Josselin : S’il y a des pouvoirs, c’est aussi parce qu’on en a mangé pendant des années en tant que geeks ou otakus. C’est un kif, quoi. Des mecs qui font un thomas et qui éventrent un immeuble avec la force de leurs pieds, ça met clairement un peu de piquant…

Andry : Et au-delà de ça, c’est qu’en plus d’en manger nous, tout le monde en mange un peu en ce moment. On est dans une nouvelle génération, dans laquelle de nombreux blazes dans le monde la danse sont tirés de Naruto, One Piece, Bleach, etc. Tout le monde commence à être habitué à cet univers. Donc pour pouvoir faire entrer ce discours du type “tout le monde peut y avoir accès”, on va passer par ce que tout le monde accepte en ce moment, et le côté “shonen” (mangas pour garçons, ndr) ça marche. Mais il n’y a pas que ça, sinon ça deviendra rapidement un cliché.

Eric : Personnellement, rien que la danse, je trouve ça “magique”, à la base. Chaque mouvement, chaque technique l’est. C’est de là que c’est venue l’idée d’y apporter des effets. Entre les saccades du Pop, toutes les ondulations, etc. Je me dis que le mouvement peut continuer au-delà du corps pour naître ailleurs.

Madd, n’avais-tu pas peur de mal retranscrire les mouvements de danse dans cette BD qui finalement reste figée dans le papier ?

Madd : Si, forcément. C’est un doute de tous les instants. C’est vrai que je passe beaucoup de temps sur mes planches et je n’ai pas le recul nécessaire pour voir si j’ai vraiment bien réussi à retranscrire ce que je voulais ou pas. Ce sont plutôt les autres qui vont me le dire. Par exemple, là, pour la sortie de l’album, j’ai vraiment attendu le retour des gens pour qu’ils me disent si ce que j’ai fait est lisible, si la représentation des mouvements est fluide, etc. J’essaie de l’être au maximum, mais pour moi, je ne le serai jamais assez. Je bosse beaucoup dessus en tout cas…

Comment travailles-tu ?

Tout dépend de la planche que je vais représenter. Si c’est une page « normale » avec juste des dialogues, je vais travailler avec un story-board classique. Par contre, quand c’est de la danse, je vais essayer de penser autrement, en donnant d’autres directions à la page, en m’inspirant de vidéos des mouvements que vont vouloir les scénaristes. Je vais juste chercher le moyen le plus simple de le représenter.

A quel point le “vrai” Break vous a-t-il inspiré ?

Eric : En général, lorsqu’on écrit on a toujours un Youtube allumé à côté. Et je balance énormément de vidéos. Si j’ai des idées de mouvements qui me plaisent, j’envoie le lien à Josselin et à Madd, et Madd va interpréter ce mouvement. Nous on ne pratique pas la danse, on est donc obligé de voir énormément de vidéos. Rien que pour imaginer quel sort magique on pourra créer à partir de tel mouvement. Il y a donc un vrai travail de visionnage.

Et pour le côté un peu fantaisiste ?

Eric : Comme Josselin, j’ai suivi un peu les Naruto, etc. Mais même bien avant d’avoir eu cette idée de mélanger magie et Hip Hop, pour moi c’était déjà l’évidence même.

Josselin : J’ai une lecture régulière des shonen. Je suis un peu resté un grand gamin, donc j’aime bien les séries comme One Piece, Naruto, Fairy Tail… Notre histoire est un peu moins folle que dans ces exemples, mais c’est le genre de trucs que j’aime bien. Et puis pour nous, c’était évident… En fait, quand on parle de Hip Hop et de magie, les gens trouvent ça tellement improbable que ça nous donne envie de le faire. Pour nous, un récit d’aventures Hip Hop / Magie ça tombait sous le sens. Et puis on s’amuse bien à raconter cette histoire, pour l’instant.

Et toi, Madd, peux-tu nous parler de tes influences graphiques, côté dessin ?

Madd : Il y a Katsuhiro Otomo pour commencer, pour moi c’est une grosse influence. Il y a aussi les dessinateurs de Lucha Libre, Bill Otomo, Fabien M. et Kobi. Après je m’intéresse aussi beaucoup à des graffeurs genre Mode 2 et Bom K, et puis d’autres dont j’ai pas forcément les noms. Sinon, après il y a beaucoup de ce que j’ai vu quand j’étais gamin les trucs d’Akira Toriyama : Dragon Ball, Docteur Slump… Aujourd’hui, c’est plutôt Naruto. Je me suis pas encore mis à One Piece, mais ça devrait pas tarder.

Eric : En général, on aime aussi beaucoup les Naoki Urasawa : 20th Century Boys, Monster… Et évidemment Hayao Miyazaki.

Josselin : On a beaucoup de lectures aussi en BD et pas que du shonen. Monster, 20th Century Boys, comme disait Eric et Eden, un truc un peu moins connu. Ce sont un peu nos références en termes de découpage de l’histoire. Et en travaillant avec Eric, j’essaie d’apporter des découpages qui laissent penser que c’est un gros bordel, et puis au final il y a quand même un fil conducteur. C’est ce qu’on a envie de faire, en tout cas. Et je suis pas mal sous influence de séries télé. Les séries qui font que tu es scotché à ton canapé : LOST, True Blood, tous les trucs du moment…

Combien de tomes sont prévus pour Break ! ?

Josselin : Pour l’instant, on a prévu de faire quatre tomes. Contractuellement parlant. Et on verra après. On a pensé à une histoire qui irait sur quatre tomes, qui aura une fin, qu’on a déjà en tête, mais avec des portes ouvertes. Si la série marche et qu’on est suivi par des lecteurs réguliers, on aimerait bien faire des spin-off. Parce qu’on a un peu cette culture-là, à la fois américaine et japonaise. Peut-être sur un ou deux tomes, faire un zoom sur un personnage ou un groupe de personnages. Comme un spin-off sur la Section Seven et ses origines. Peut-être s’intéresser à un des agents en particulier parce qu’on a plein de choses à raconter sur eux.

Eric : On a beaucoup travaillé sur ce qui se passe “entre les cases”. C’est-à-dire “Qu’est-ce qui s’est passé pendant à cette période là, pendant qu’eux deux faisaient telle chose ?“. Pour que les albums puissent se croiser, comme tout spin-off qui se respecte, à moment donné. Tout en ayant une vie indépendante. Pour que le monde de Break !, soit tangible.

Le groupe RAF vient de jouer sa première création, RAF City’Z. Pouvez vous nous dire un mot sur la collaboration Break/RAF ?

Eric : RAF sont dans le même délire que nous, ils sont ouverts et même coté manga, lectures, etc. C’est quelque chose qui a fait “tilt”. Notre démarche leur a plu.

Andry : C’est vraiment un featuring! Le but, c’est quand même de faire la promotion de la culture Hip Hop. Le thème de notre BD, c’est la danse, et c’était vraiment intéressant de faire un rebond sur ce qui se passait dans le monde de la danse au même moment. Et RAF, en ce moment, c’est l’un des groupes les plus en vogue. Concernant notre collaboration, il n’y a pas à chercher loin. RAF, ça veut dire ce que ça veut dire… “Rien à Foutre”, parce qu’ils sont pluridisciplinaires, et qu’ils ont vraiment envie de montrer qu’ils ont d’abord une envie de danser et qu’il n’y a pas de style particulier à mettre en place. Et c’est un peu ce qui se passe dans notre BD : un mix de cultures comme eux mixent les disciplines. Après, pour le coté pratique, c’est vrai que ça reste un moyen de leur faire de la pub et qu’eux nous servent de tremplin. Donc on s’aide mutuellement. Et il faut noter que c’est la première BD sur la danse Hip Hop. Avant on avait Samurai Champloo (un anime de Shinichiro Watanabe, ndr), dans lequel on pouvait voir des coupoles ou des trucs du genre. Nous, on veut vraiment promouvoir la culture Hip Hop et pas seulement le mouvement dans son côté commercial. On a même pris de le soin de donner à Malick, le premier danseur à apparaître dans le tome 1, une casquette Zulu Nation. On sait tous ce que c’est : Peace Love Unity and Having Fun. Et c’est ce qu’on essaie de prôner. Montrer que c’est un mouvement positif. Break ! est un bande dessinée positive.

Eric : Et même si certains pourraient penser qu’on récupère cette culture pour faire de l’argent, on veut d’abord préciser qu’on aime cette culture. Et que notre but est de la rendre accessible. Même si on ne danse pas et qu’on n’est pas à 100% dans ce mouvement, on est à 100% avec ce mouvement.

Qu’est ce qu’on peut attendre de Break à l’avenir ? Sans spoiler !

Josselin : Sans spoiler ? Dans le tome 2 qui s’appelle Section Seven, on va parler de la Section Seven… (rires). On va s’intéresser un peu plus profondément ce qu’est la danse magique et aux différentes écoles de danse magique. Et on verra que ce n’est pas que de la danse magique, mais des battles magiques. Il y a plusieurs facettes. Il y a la danse, mais il n’y a pas que ça. Comme dans le Hip Hop… Et si je peux spoiler uni peu, on va voir la chambre de Joric ! Sa chambre ! Et ça c’est du spoil !

Eric : On espère aussi que la BD trouveras son public. Le plus large possible. Et que nos lecteurs fassent le buzz, et qu’au final on puisse l’adapter en dessin animé. C’est un peu notre but ultime.

Josselin : Et notre kif ultime, ce serait une série chez HBO. Donc chers producteurs de chez HBO, ou je sais pas Tony Parker, si tu lis ces lignes, et qu’on a l’occasion de se croiser un jour…

Eric : Et la maison “France” : France 2, France 3, France 4, France 5 sont également les bienvenues !

Pour finir, j’aimerais savoir quelle a été votre première rencontre avec la culture Hip Hop…

Josselin : Pour ma part, ça a été avec la CELO Family, un collectif de graffeurs de Mantes-la-Jolie. Je me suis même essayé au graff. Je me souviens de mémorables sessions « merguez-graff » dans des usines désaffectées. Et musicalement, je pense que l’album d’IAM, Ombre Est Lumière est un incontournable pour moi. J’avais reçu cet CD en guise de cadeau de Noël, à une époque où le rap n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui. Et ça m’a mis une vraie claque. Sinon, toujours grâce à la Sela Family, j’ai pu découvrir d’autres aspects de la culture. J’ai aussi rencontré Gabin Nuissier d’Aktuel Force, et de fil en aiguille la marque que j’ai créée (Nekowear, ndr) a fini par sponsoriser les Joyeux Loufocks, une équipe de break.

Madd : Moi, j’ai commencé par le Wu Tang, avec l’album Enter The Wu. J’ai aussi beaucoup écouté The Roots et Mos Def. J’ai pas forcément accroché au rap français. Côté danse, je ne peux pas ne pas citer les Yudat, un groupe de danse extraordinaire, originaire de Villiers-sur-Marne que j’ai rencontré grâce à mon cousin.

Andry : Moi, je viens de Quartiers Nord de Marseille, donc j’ai baigné les deux pieds dans l’Underground et j’avais un accès facile à ce milieu. J’ai commencé par m’intéresser à la danse au MC, et à la musique, qui pour moi est la base de la culture Hip Hop. Ça fait tout simplement partie de ma vie.

Eric : De mon côté, je suis un peu un extra-terrestre, parce que je n’ai pas connu la “vie de cité”. J’ai découvert le Hip Hop en 1984, grâce à l’émission de Sydney, H.I.P H.O.P. Et j’ai tout de suite trouvé que la danse était assez intéressante. Je me suis toujours intéressé au mouvement et au mime, également. Je me suis donc dit, pourquoi ne pas apprendre la danse Hip Hop parce que j’adore les danse structurées : le classique, le contemporain. Mais le classique, fait un peu dépassé et sert de base aux nouvelles danses. Le contemporain de son côté, se rapproche plus de nous, mais garde un côté un peu “élitiste”. Le Hip Hop, lui est partout. Je me demande d’ailleurs pourquoi est-ce que ce sont les danseurs de Hip Hop, qui vont voir les théâtres et leurs proposer des choses et pas le contraire. Ça permettrait d’ouvrir le Hip Hop à d’autres connexions de musique et de rythmes. Rien que le fait que R.A.F ait réussi à investir le Théâtre Chaillot prouve que le Hip Hop n’est pas mort, contrairement à ce que j’ai entendu. Ceux qu’on est parti voir avec le projet Street Battle, et qui nous ont dit que ce n’était qu’une mode : c’est pour eux qu’on écrit.

Merci !

Break ! – Tome 1 : Premier Battle
Disponible aux éditions 12Bis.