03 mai 2010 - admin

« Je n’aime pas le rap, je préfère la soul …»

Chroniques music rap

Le Hip Hop est fort d’une histoire d’une richesse sous estimée.

Mouvement de conscientisation et d’expression né de la rue, le Hip Hop est fort d’une histoire d’une richesse sous estimée. Le Rap en est le courant musical.
Ici, nullement la prétention d’écrire une énième genèse de cette musique mais tenter une amorce du sujet, donner des pistes de recherche et d’écoute. Laisser à chacun le loisir d’aller explorer encore plus à fond les musiques qui ont permis à cet art d’éclore ; s’ouvrir plus encore et découvrir la richesse de ce patrimoine. Et enfin, aller bien au-delà de la simple question musicale. Car il s’agira au final de comprendre qu’au delà de la musique, il y a toute une histoire.

Le premier instrument en notre possession est le corps.
Par la voix, à la bouche, ont pu être crées différents sons qui ainsi exécutés, étaient une base musicale sur laquelle différents danseurs pouvaient exécuter leurs pas de danse.
Cette tradition bien conservée, a pu être retranscrite d’une manière moderne dans les standards de l’époque.
Ainsi, les Mills Brothers furent l’un des premiers groupes vocaux à faire du « tout voix »… le beat box était donc déjà d’usage bien avant les années 70…

Au plus fort des ces fameuses 70’s, aux Etats-Unis, la ségrégation est définitivement bannie mais la discrimination fait toujours rage auprès de l’Amérique noire. J’associe volontiers le rap à un cri de révolte plus fort encore que celui lancé par ses leaders car bien que libérée de ses chaines cette communauté était encore en dessous de ses libertés.
En réaction aux systèmes qui les bâillonnent, on retrouve des artistes tels que les Last Poets, Gil Scott Heron qui pointent du doigt les problèmes et éveille la jeunesse, l’incite ainsi que la communauté entière à réagir. C’est dans des formes acoustiques ; percussions voix principalement, que ces formations s’expriment. D’une forme épurée, les mots ont force et doivent leur salut tant aux interprétations féroces qu’à la musique qui les sert.

Tous les gouts sont dans la nature et le rap n’a pas été sans s’ouvrir comme on tendrait à vouloir le prétendre. Avant d’arriver à sa forme contemporaine, il a également emprunté à d’autres cultures. Les migrations ont donc du bon; Kool Herc serait l’un des acteurs à avoir fait émigrer la culture du sound system et du toast jamaïcain aux Usa. De ces différents échanges ont émergé les block- parties où officiaient Mc et Dj; les MC soutenant les Dj en rappant. Les premiers titres rap issus de cette forme contemporaine seraient attribués à Afrika Bambaataa et Krs One

On ne cesse de cloisonner les genres; « Je n’aime pas le rap, je préfère la soul », « oh le jazz, cette musique de vieux » « Le hip hop était mieux avant ». Combien de fois n’ai je pas entendu ces phrases ?
Pourtant, les frontières entre le sacré et le profane, la soul et le rap, le rap et le jazz ont toujours été bien infimes pour les enfants afro américains de ce pays baignés dans ces différents courants musicaux. Tous ces genres représentant un pan de leur patrimoine culturel. Par ailleurs, nombre de bancs d’églises ont vu passer bien de ces rebelles « b-boys »…
Une renaissance créative s’est opérée du fait de l’immense creuset dans lequel des jeunes créateurs ont pu piocher à loisir. Nous retrouvons pas mal de nouveaux morceaux qui doivent vie à nombre de titres enfouis, très peu connus, voir méconnus du public.

Certains rappeurs et bien d’autres artistes d’autres courants apportent la preuve de l’acceptation de cet héritage culturel et musical. On ne l’attendait surement pas dans ce registre mais Erykah Badu prêtresse du mouvement néo soul a composé son Ode to Hip Hop. Pour abattre la cloison d’un grand coup sec, compter sur l’hommage fort de sens du groupe Gang Starr à l’égard des géants du jazz sans qui selon lui -et je ne le contredis pas -cette musique n’aurait peut être pas existé.

Là où le rap n’ a cessé de se réinventer donc c’est dans la capacité qu’ont eu ses acteurs à recueillir le meilleur d’un détail, d’un riff contenu dans un morceau dit soul, jazz ou gospel et d’en faire une nouvelle création avec des outils plus modernes.
Peu à peu, il a évolué sous l’influence de l’électronique et au contact de nouvelles influences, s’est ouvert et a dépassé les frontières de la seule communauté afro américaine et trouver un écho sous d’autres cieux dont les nôtres.

A lieux, environnements différents ; récits et combats différents. C’est vrai que « le Hip Hop c’était mieux avant » mais ne l’oublions pas et à l’instar de nos inspirateurs, à nous d‘écrire notre propre histoire.

Je reprends ici cette maxime chère à mon cœur de Clarke Terry, célèbre trompettiste de jazz Assimiler, Imiter, Innover. Appliquée au rap, force est de constater que la leçon a été bien apprise et que la devise n’est pas tombée dans des oreilles de sourds !

H.B.